samedi, 28 novembre 2020 12:13

Comprendre les germes, le système immunitaire et les vaccinations

Écrit par  Dr. Incao
Lymphocyte normal (coloration de May-Grünwald Giemsa) Lymphocyte normal (coloration de May-Grünwald Giemsa)

Le grand paradoxe

Derrière l’ensemble des débats et décisions dans le domaine de la santé et de la médecine, aujourd’hui, se cache une grande contradiction scientifique, un grand paradoxe. La médecine reconnaît les faits élémentaires à l’origine de ce paradoxe, mais n’ose pas accepter ses implications inquiétantes et de grande portée. Ainsi, les médias et le grand public sont mal informés, et la médecine et la santé publique poursuivent leurs activités comme si ce paradoxe n’existait pas.

Le paradoxe en question comporte deux aspects :

1. Le processus pathologique de l’inflammation, qui apparaît universellement et communément chez les humains et les animaux, est un processus de guérison.

2. La fonction fondamentale et primaire du système immunitaire humain ou animal est de créer des processus inflammatoires d’intensités et de durées différentes, selon les besoins, pour maintenir la santé de l’organisme. Lorsque ces processus de maintien de la santé ont lieu par poussées brèves et intenses, il s’agit de crises de guérison, mais elles sont aujourd’hui considérées comme des infections aiguës.

L’objectif de la discussion qui suit est d’examiner et de tenter de clarifier la manière dont ce paradoxe à deux volets joue, de nos jours, sur la santé et la maladie humaines, en particulier en ce qui concerne le concept et la pratique de la vaccination.

 

Le système immunitaire et ses deux branches

La remarquable capacité des humains et des animaux à maintenir leur santé malgré les blessures, les maladies et les fièvres est attribuée à une fonction de dépuration et de guérison qui réside dans le sang et tous les tissus corporels qu’il alimente. Cette fonction spéciale de purification et de guérison et les constituants du corps par lesquels elle fonctionne ont reçu un nom : le système immunitaire. Celui-ci est composé de deux branches fonctionnelles qui peuvent soit coopérer, soit agir de façon antagoniste. Dans cet article, j’utiliserai les dénominations descriptives originelles de ces deux branches : les branches humorale et cellulaire – noms donnés d’après deux composants du sang.

Le sang est en effet constitué d’une partie liquide (humorale), le sérum, dans laquelle des globules rouges et des globules blancs sont en suspension. Le sérum sanguin peut facilement être séparé des cellules sanguines, en faisant tourner un tube de sang total[1] dans une centrifugeuse.

Le système immunitaire humoral a été nommé d’après la capacité de guérison particulière découvert d’abord dans le sérum sanguin humain et animal ; le système immunitaire cellulaire, quant à lui, est la capacité de guérison quelque peu différente des globules blancs, que l’on trouve dans le sang et dans tous les tissus et organes lymphatiques. La fonction immunitaire humorale produit principalement des anticorps, dans la circulation sanguine, en tant que fonction de détection ou de reconnaissance du système immunitaire face à la présence d’antigènes étrangers dans l’organisme. Un antigène est toute substance qui, en pénétrant dans l’organisme, est incapable de s’intégrer dans l’environnement intérieur individuel du corps. Afin d’évaluer le rôle des vaccins dans la santé humaine, nous devons comprendre exactement comment ils fonctionnent. Les vaccins sont conçus pour provoquer une augmentation des niveaux d’anticorps contre une bactérie ou un virus spécifique, prévenant ainsi la maladie particulière associée à cette bactérie ou à ce virus. Mais comment exactement un vaccin empêche-t-il son destinataire humain de manifester la maladie spécifique concernée ?

Selon le grand médecin de la Renaissance, Paracelse (1493-1541), toute substance qui pénètre en nous, y compris notre nourriture et nos boissons habituelles, agit comme un poison ; elle nous oblige à la digérer et à la transformer de façon à la rendre compatible avec notre propre environnement intérieur. Ainsi, la tâche de notre système digestif est de transformer l’ensemble de nos nourriture et boissons afin de les rendre conciliables avec notre écosystème humain individuel, d’éliminer le caractère étranger, par exemple la nature antigénique de ce qui entre dans notre corps. Toute substance entrante dont notre système digestif ne parvient pas à supprimer la nature antigénique étrangère devient alors un défi et une cible pour notre système immunitaire. Celui-ci est en fait un système digestif de secours qui s’étend dans tout notre corps, dans notre sang et dans nos tissus et organes lymphatiques. La tâche de la branche humorale est de créer des anticorps spécifiques qui "marquent" et, dans une certaine mesure, neutralisent des antigènes étrangers spécifiques présents en nous, étape préliminaire au traitement plus approfondi de ces antigènes par l’autre branche de notre système immunitaire.

Cette autre branche est le système immunitaire cellulaire ou à médiation cellulaire, qui, principalement, détruit, digère et expulse de l’organisme les antigènes étrangers, grâce à l’activité amiboïde de ses cellules ; celles-ci sont présentes dans le sang et dans le thymus, les amygdales, les adénoïdes, la rate, ainsi que les ganglions lymphatiques et les plaques du tissu lymphatique, largement dispersés dans l’organisme. Ces organes et ces îlots de tissus lymphatiques sont tous reliés entre eux par un réseau de vaisseaux lymphatiques ; celui-ci recueille le liquide lymphatique aqueux baignant toutes les cellules et tous les tissus, et le renvoie dans la circulation sanguine ; les vaisseaux lymphatiques convergent et se vident finalement dans la paire de veines principales droite/gauche dans le haut de la poitrine. Le système immunitaire cellulaire ne fait jamais de pause, dans son activité de destruction, de digestion et d’évacuation des antigènes étrangers de l’organisme : il engendre un flux continu de déchets qui finit par rejoindre les autres flux à évacuer, qui sortent de l’organisme via les intestins, la vessie, les sécrétions muqueuses et les pores de la peau. Tout ce qui entre dans notre corps par l’alimentation, les boissons et l’air inspiré, et que notre système immunitaire perçoit comme impropre à l’incorporation dans les tissus de notre organisme humain individuel, est excrété du corps. Celui-ci transforme ce qui est utile et rejette le reste.

En plus de cette entrée continue de matière depuis le monde extérieur, une autre source encore alimente les flux de déchets du corps : à savoir, le vieillissement et la mort continus de toutes nos cellules et tissus.

Au cours de la vie d’un être humain, ses cellules et tissus corporels se renouvellent à de nombreuses reprises, dans leur totalité ; c’est-à-dire qu’ils meurent et sont entièrement remplacés, tous les sept ans environ – à l’exception des tissus nerveux[2]. Si nous voulons rester en bonne santé, les déchets et débris des cellules et tissus mourant continuellement doivent être totalement éliminés de notre corps. C’est le système immunitaire cellulaire, composé de divers globules blancs et cellules lymphatiques, qui accomplit cette tâche, tout comme il opère l’élimination des antigènes étrangers.

« Les bactéries sont notre légion interne de digesteurs et recycleurs de déchets ».[3]

Des auxiliaires précieux

Mais aucun processus biologique du corps humain n’est efficace à 100 %. Ce traitement et cette élimination des flux de déchets toxiques par le corps laissent toujours des « miettes ». Dans sa grande sagesse, la nature a veillé à ce que ces résidus s’intègrent également dans le cycle de la vie : ils nourrissent les quelque 100 trillions de bactéries et autres micro-organismes qui, dans l’ordre des choses et pour notre bénéfice, viennent habiter notre corps lors des quelques semaines suivant notre naissance, et qui y demeurent jusqu’après notre mort. Les bactéries sont notre légion interne de digesteurs et recycleurs de déchets. Elles ne sont pas des prédateurs, mais des charognards de nos déchets internes et de nos déchets expulsés. Chaque être humain possède sa propre cohorte de bactéries, forte d’un trillion d’éléments, qui vivent utilement dans et sur son corps, partout où les déchets alimentaires ou les débris cellulaires sont traités ou excrétés. Si des problèmes de santé découlent de cette relation étroite, ils sont principalement dus à des toxicités inhabituelles de ces déchets et débris, et seulement en second lieu aux bactéries qui les éliminent.

Quelles que soient l’étendue et la nature de ces déchets toxiques et des bactéries qu’ils attirent, il n’y a pas de maladie manifeste tant que le système immunitaire cellulaire n’est pas amené à réagir, à donner sa réponse inflammatoire typique accompagnée des symptômes bien connus qui peuvent inclure fièvre, douleur, gonflement, rougeur, faiblesse et production de mucus.

Ces micro-organismes indigènes du corps humain sain, notre "microbiome", comprennent diverses souches associées à des maladies, mais si nous avons appris à maintenir un mode de vie sain, nous sommes rarement dérangés par leur présence.

 

Suite dans le 1er numéro d’Esprit et Nature. Plus d'explications en cliquant ici.

 

[1] Sang total = sang artériel et veineux (NDT).

[2] Des recherches récentes ont même fait apparaître que des cellules nerveuses peuvent, elles aussi, se renouveler (voir p. ex. https://www.science-et-vie.com/questions-reponses/est-il-vrai-que-de-nouveaux-neurones-naissent-et-meurent-chaque-jour-10160). 

[3] Les mises en exergue sont de la rédaction. Celle-ci a également ajouté les sous-titres (à partir du 3e), avec l’accord de l’auteur.

 

    

Dr Philip F. Incao

 

 

 

AVERTISSEMENT : la question sociale est en soit très complexe.  Les concepts de la triarticulation sociale (encore appelée tripartition sociale ou trimembrement social) constituent un outil pour en saisir l'essentiel, et sur cette base, pour en comprendre les détails et agir localement.  Les divers auteurs des articles publiés sur ce site tentent de les expliciter et d'en proposer des applications pratiques.  Leur compréhension du trimembrement de l'organisme social est susceptible d'évoluer avec le temps.  Les auteurs peuvent évidemment aussi se tromper dans leurs interprétations.  Le risque d'erreur fait partie de toute démarche de recherche!
Nous ne pouvons dès lors qu'inviter les lecteurs à prendre connaissance des concepts à leur source, c'est-à-dire dans les ouvrages de base
(voir la bibliographie sommaire).

 

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