La tri-articulation sociale - Une esquisse générale
Citation
« Mais, mes chers amis, on ne peut pas vivre d'argent! L'argent n'est pas quelque chose dont on puisse vivre. C'est là qu'il faut commencer à réfléchir. Et cette question est intimement liée au véritable intérêt que l'on se porte d'être humain à être humain. Quiconque croit vivre de l'argent dont il a hérité ou qu'il a reçu de n'importe quelle autre manière, hormis en travaillant, comme c'est aujourd'hui normalement le cas, quiconque vit avec cet état d'esprit ne possède aucun intérêt pour ses semblables, pour cette raison que personne ne peut vivre d'argent. L'être humain doit manger, et ce qu'il mange doit être obtenu par le travail d'autres êtres humains. Il lui faut s'habiller, et ses vêtements, d'autres doivent les fournir par leur travail. Pour que je puisse enfiler une veste ou un pantalon, des êtres humains doivent employer leur force de travail pendant des heures afin de les réaliser. Ils travaillent pour moi. C'est de cela que je vis, pas de mon argent. Mon argent n'a d'autre valeur que de me donner le pouvoir de me servir du travail d'autrui. Et étant donné les rapports sociaux actuels, on ne commence à témoigner de l'intérêt pour ses semblables que lorsqu'on répond à cette question de façon adéquate, lorsqu'on se représente en pensée : Un certain nombre d'êtres humains doit travailler un certain nombre d'heures afin que je puisse vivre au sein de la structure sociale. Il ne s'agit pas de se flatter en se disant : J'aime le genre humain. On n'aime pas le genre humain lorsqu'on croit vivre de son argent et qu'on n'a pas la moindre idée de la manière dont les êtres humains travaillent pour nous, pour que l'on ait au moins le minimum vital. Mais cette idée : tel nombre de gens travaillent afin que nous ayons le minimum vital, est inséparable de la suivante : nous devons en revanche rendre à la société, non pas avec de l'argent, mais de nouveau par du travail, ce qui a été produit pour nous. Lorsque nous sentons l'obligation de travailler, sous quelque forme que ce soit, en compensation du travail d'autrui dont nous bénéficions, alors seulement nous avons de l'intérêt pour nos semblables. Donner son argent à autrui signifie seulement pouvoir le tenir en tutelle, en esclavage, pouvoir l'obliger à travailler pour vous. »
Dornach, 30 novembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner
« Il y a dans l'ordre social d'aujourd'hui quelque chose d'extrêmement contre nature; c'est le fait que l'argent se multiplie quand on ne fait que le posséder. On le dépose dans une banque et on reçoit des intérêts. C'est ce qui peut exister de plus contre nature. C'est véritablement un parfait non- sens. On ne fait absolument rien, on dépose à la banque l'argent qu'on n'a peut-être pas acquis par son travail, mais grâce à un héritage, et des intérêts vous sont versés. Cela est un réel non-sens. »
Dornach, 30 novembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner
« (…) sur le plan physique la perfection n'existe pas, il n'y a qu'imperfection. C'est pourquoi il est impossible de parler d'une résolution parfaite de la question sociale en général. Vous pouvez bien tenter de la résoudre à partir de toutes les profondeurs de la connaissance, elle ne sera jamais résolue comme le croient aujourd'hui énormément de gens. Mais on ne doit pas se dire pour autant : Bon, si la question sociale ne peut être résolue, eh bien, ne nous en occupons pas, laissons toutes ces sottises. »
Dornach, 1er décembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner
« (…) La chose se compare en effet à un pendule : la force nécessaire à la montée est utilisée lors de la descente en tant que force de chute. Tout comme la force contraire est accumulée dans la descente et sera ensuite utilisée pour la montée, il en est de même pour l'histoire de l'humanité, soumise à une succession de rythmes. Vous pouvez, pour une période donnée, trouver l'ordre social le plus parfait, ou même n'importe quel ordre; une fois réalisé, il s'épuisera et conduira après quelque temps de nouveau à la confusion. La vie de l'évolution ne suit pas un cours ascendant régulier, elle est soumise à des flux et des reflux, à un mouvement ondulatoire. En réalisant sur le plan physique ce que vous pouvez élaborer de mieux, vous appelez les conditions qui au bout d'un certain temps entraîneront l'anéantissement de ce que vous avez organisé. L'humanité se porterait autrement si l'on reconnaissait comme il se doit la loi inexorable de cette nécessité dans le devenir historique. On ne croirait pas pouvoir instaurer un paradis sur la terre au sens absolu du terme, mais on se verrait contraint d'envisager la loi cyclique qui régit l'évolution de l'humanité. Et tout en excluant une réponse absolue à la question : quelle forme donner à la vie sociale ? , on fera ce qui est juste si l'on se demande ce qui doit être fait pour notre siècle. Qu'exigent précisément les impulsions de notre cinquième époque postatlantéenne ? Qu'est-ce qui cherche à se réaliser ? En étant conscient que ce qu'on réalise sera nécessairement détruit lors de la révolution cyclique, il faut bien savoir qu'on ne peut penser sur le plan social que de cette manière relative, c'est-à-dire en reconnaissant les impulsions d'évolution d'une période donnée. Il faut travailler avec la réalité, et c'est travailler contre elle que de croire qu'on peut réaliser quoi que ce soit avec des idéaux abstraits et absolus. Pour l'investigateur de l’esprit qui veut envisager la réalité, et non l'illusion, la question se réduit à ceci : Qu'est-ce qui cherche à se réaliser là, maintenant, dans la réalité présente »
Dornach, 1er décembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner
« (…) on demandera par exemple concernant la question sociale : Quelles mesures faut-il prendre dans ce domaine sur la terre entière ? Mais cette question ne se pose absolument pas. Les êtres humains sont différents sur toute la planète. Et plus on ira vers l'avenir, plus cette diversité s'accentuera, cela en dépit de tout internationalisme. Il en résulte que quiconque croit qu'il est possible de développer les rapports sociaux de manière identique en Russie, en Chine, en Amérique du Sud, en Allemagne ou en France, énonçant ainsi des pensées absolues là où seules des pensées individuelles, relatives, correspondent à la réalité, émet une idée parfaitement chimérique. Il est extrêmement important que cela soit bien compris. »
Dornach, 1er décembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner
« Récemment, j'ai particulièrement insisté sur l'impossibilité d'établir sur le plan physique un état paradisiaque, si nous prenons toujours le terme dans le sens évoqué la dernière fois, qu'en conséquence toutes les prétendues solutions à la question sociale, dont le but plus ou moins conscient est d'instaurer le paradis sur terre, qui de surcroît est censé durer, que toutes ces prétendues solutions reposent nécessairement sur des illusions. »
Dornach, 6 décembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner
« Il y a aujourd'hui une chose qu'habituellement on néglige vraiment beaucoup. Lorsqu'on parle de social et des revendications qui s'y rattachent, on oublie trop souvent que, conformément aux exigences de notre temps, la question sociale ne peut en aucun cas être abordée sans une connaissance intime de l'être humain. On peut bien imaginer tous les programmes sociaux que l'on veut, vouloir réaliser les idéaux sociaux les plus beaux, tout cela demeure stérile si le but recherché n'est pas de comprendre l'être humain en tant que tel, si on n'aboutit pas à une connaissance plus intime de l'individu. J'ai fait remarquer que l'articulation de la vie sociale dont j'ai parlé, cette articulation sociale ternaire qu'il me fallait présenter comme une exigence de notre temps au sens le plus fort du terme, vaut justement pour l'époque actuelle, parce qu'elle prend en considération dans le moindre détail la connaissance de l'être humain, tel qu'il est maintenant (…). »
Dornach, 6 décembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner
« Reconnaître froidement, énergiquement, que l'être humain est un être à la fois social et antisocial, voilà une exigence fondamentale de la connaissance sociale de l'être humain. On a beau dire : Je m'efforce de devenir un être social (naturellement, il faut aussi le dire, car si on n'est pas un être social, on ne peut absolument pas vivre convenablement avec les êtres humains), le fait de lutter constamment contre le social, d'être continuellement un être antisocial est inhérent à la nature humaine. »
Dornach, 6 décembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner
« Il ressort à nouveau que l'être humain est un être à la fois social et antisocial, et que donc ce qu'on nomme "la question sociale" doit tenir compte des profondeurs intimes de l'entité humaine. Si cela ne se fait pas, on ne parviendra jamais à résoudre cette question à quelque époque que ce soit. »
Dornach, 6 décembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner
« (…) On entend souvent dire que l'idéal d'une vie commune dans l'État est la démocratie. Bien. Supposons donc qu'il en soit ainsi. Mais si l'on voulait instaurer cette démocratie où que ce soit dans le monde, elle mènerait nécessairement au cours de sa dernière phase à sa propre abolition. La démocratie tend nécessairement à ce que, lorsque les démocrates sont réunis, il s'en trouve toujours un qui veut dominer l'autre, qui veut avoir raison contre l'autre. Cela est tout à fait évident. Elle cherche à atteindre sa propre dissolution. Introduisez la démocratie où vous voulez; en pensée, vous peindrez effectivement un joli tableau, mais transposée dans la réalité, la démocratie mène à son contraire, de même que le mouvement du pendule va vers le côté opposé. Il n'en va pas autrement dans la vie. Les démocraties mourront toujours au bout d'un certain temps de leur propre nature démocratique. Voilà des choses qu'il est absolument indispensable de savoir pour comprendre la vie (…). »
« (…) Car c'est bien le propre de la vie que d'osciller entre flux et reflux, et si on refuse de le comprendre, eh bien, on ne comprend absolument rien au monde (…) ».
Dornach, 6 décembre 1918 – GA186
Rudolf Steiner





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