Politique et géopolitique

 La Liberté ramenant aux peuples la Justice et la Vertu - Jean-Jacques Taillasson (Bordeaux, 1745 - Paris, 1809)

Revisiter les romantiques pour éclairer notre époque

 

Ami de Goethe, le poète slovaque Ján Kollár exhortait les peuples à développer un maximum d'interactions culturelles : découvrir leurs littératures et arts respectifs, apprendre les langues de leurs voisins... Il écrivit : « Ce n’est qu’en contemplant l’humanité dans sa totalité qu’on devient humain. »[1] Beaucoup cultivaient alors ces idéaux, qui commençaient à imprégner la société. Malgré ça, un siècle plus tard, les nations s’affrontaient dans la folie de la 1ère Guerre mondiale. Qu’est-ce qui avait changé ?

La vie politique allemande, si longtemps prévisible et sans relief, connaît ces derniers mois de fortes évolutions, qui révèlent les lourdes tensions politiques dues au décalage entre les Allemands et leur classe politique.

Légende de l'image ci-dessus : « Et si tu ne veux pas être un bon Européen, je te frappe le crâne ! » – Caricature circulant sur Internet en allemand pour brocarder la volonté affichée par Martin Schulz d’exclure de l’UE tout pays membre refusant sa métamorphose en « États-Unis d’Europe » d’ici à 8 ans.

 

 

Six mois après les élections parlementaires allemandes du 24 septembre 2017, le gouvernement de la nouvelle législature prend ses fonctions ce 14 mars 2018. Cette longue période de tractations reconduit un gouvernement de « grande coalition » (« Große Koalition » en allemand, dont le diminutif largement utilisé est « GroKo ») qui réunit les deux grands partis, le SPD et la CDU, ainsi que le traditionnel allié de droite de la CDU, la CSU bavaroise.

 

Après quasiment un semestre de tractations, la montagne n’aurait-elle accouché que d’une souris ?

En réalité, l’enjeu des tractations était capital : répondre au discours de la Sorbonne d’Emmanuel Macron. Dans ce discours, tenu deux jours après les élections allemandes de septembre et clairement tourné vers Berlin, le président français déclarait : « La seule voie qui assure notre avenir […], c’est la refondation d’une Europe souveraine, unie et démocratique. […] Il y a une souveraineté européenne à construire. »

La question posée à l’élite politique allemande était donc : est-ce que l’Allemagne devait suivre le président français dans la voie de la « souveraineté européenne » ?

Alain Morau & Stephan Eisenhut – Die Drei, 10/2017.
Version originale en allemand disponible ici
Version française en PDF téléchargeable ici.

Avec l'aimable autorisation des auteurs
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1ère Partie: De l’importance des élections présidentielles françaises de 2017

Cet été Alain Morau a exposé à la Rédaction de Die Drei ses observations sur les élections françaises et son évaluation des arrières-plans de celles-ci. Il en est résulté un dialogue franco-allemand avec Stephan Eisenhut, dont nous voulons présenter le résultat en deux parties. Dans la première partie le regard se porte sur les circonstances de l’élection présidentielle et sur les réseaux agissant  en coulisse. L’exemple d’un parti français parfaitement inconnu est exposé pour montrer que les courants politiques défendant la souveraineté de la France contre une stratégie européenne établie de longue date n’ont aucune chance de se faire entendre auprès du grand public. La seconde partie développera l’opposition historique entre Charles de Gaulle et Jean Monet puis la mise en place de la politique de construction de l’UE par la dissolution systématique de la souveraineté des Etats.

Alain Morau & Stephan Eisenhut – Die Drei, 11/2017.
Version originale en allemand disponible ici
Version française en PDF téléchargeable ici.
Avec l'aimable autorisation des auteurs
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2ème Partie: «Europe des États» ou bien «Europe des élites» ?

Comme nous l’avons montré dans la première partie, l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence fut rendue possible par l’action de réseaux qui ont tiré certains fils en arrière-plan. Cette seconde partie retrace l’histoire de ces réseaux en suivant l’opposition entre Charles de Gaulle et Jean Monnet. De Gaulle perçut très bien l’intention de Franklin D. Roosevelt et des milieux qui lui étaient associés de transformer la France en protectorat américain. Après un premier échec dû à la résistance trop forte de de Gaulle, cette intention fut poursuivie par la création de réseaux transatlantiques. L’Europe actuelle de Jean Monnet est l’Europe de ces réseaux. L’avenir du continent dépendra de la capacité de séparer vie de l’esprit et vie juridique afin de préserver les États européens de l’influence des groupes d’intérêts économiques.

Pour l’expérimentation d’une démocratie de la société civile

De nombreux évènements locaux et mondiaux montrent que nous sommes entrés dans une période de changements, voire de bouleversements qui ont un impact dans les domaines scientifiques, technologiques, climatiques, etc. Mais dans chaque cas, nous pouvons nous demander si le changement correspond à une transformation ou s’il procède d’une continuation d’une approche ancienne des choses.

Pour ce qui est de la démocratie, il est indispensable de se poser la question, car le mot changement est bien galvaudé. Quel est le candidat à l’élection présidentielle de 2017 qui ne s’en réclame pas ? En politique, les mots sont vidés de leur sens et deviennent des outils de communication, souvent trompeuse. Par exemple, prenons l’expression Démocratie Participative. Elle a été fortement médiatisée par Ségolène Royal, au temps de la présidentielle de 2007. Depuis, elle est employée dans de nombreux contextes et ceux qui aspirent à une autre gouvernance de la chose publique l’utilisent.

 

Lorsque le mouvement Nuit debout est apparu, je me suis dit: ENFIN !!! Enfin des citoyens se réunissent pour dire non au carcan institutionnel dans lequel ils se sentent enfermés. Puis je me suis demandé : sommes-nous suffisamment réveillés sur la nature de ce carcan? On peut aussi dormir debout. Ou rêver à des lendemains qui chanteront. Par exemple, rêver à une sixième république, qui en appellera une septième, puis une huitième. Nos ancêtres ont attendu jusqu'au seizième Louis. Irons-nous jusqu'à la seizième république pour nous éveiller complètement, pour réaliser que le carcan n'est pas là où nous pensons qu'il se trouve ?

 

La grande illusion de la scène politique en France est le clivage gauche-droite. Le but de cet article est de contribuer à dissiper cette illusion et à présenter le vrai enjeu de l’heure actuelle : la poursuite de la « construction européenne ». Ce processus de fédéralisation forcée transforme en effet les institutions républicaines de France en scène de théâtre permanent et concentre à Bruxelles un pouvoir politique régissant la vie de 500 millions d’Européens. 

Cette fédéralisation sera présentée dans une perspective historique des expériences de confédération et de fédération aux 18ème et 19ème siècles

En 1914, les Britanniques affirmèrent entrer en guerre pour voler au secours de la Belgique, pour des raisons humanitaires et en raison du viol de sa neutralité...

À la lumière des faits mentionnés par Terry Boardman lors de sa conférence à Bruxelles le 28/04/2014, il apparaît que les raisons véritables de l'entrée en guerre des Britanniques furent toutes autres !

 

La vie politique est jonchée d’écueils, dans le domaine des alliances, motivées pourtant par des élans généreux, simplement parce que l’affrontement des égos ne peut pas conduire à des ralliements qui sont considérés comme des échecs, des soumissions, des emprises des uns sur les autres.

C’est juste normal car la politique est un état de guerre permanent, un théâtre d’affrontement d’idées mais aussi de personnalités.

A la demande de participants au congrès pour la tripartition sociale (septembre 2008), une partie des slides portant sur le thème "La Belgique au bord du gouffre ou au seuil de la triarticulation sociale" sont mis en ligne ci-dessous: